Tuesday, November 06, 2018

Au théâtre Déjazet ce soir : Comprendre le sacrifice d’Anna Politkovskaya



Quand un journaliste critique et dévoile le mal, il espère  mobiliser l’opinion publique, la faire peser sur l’État et que celui-ci utilise ses relations pour rectifier le tir.
En Russie, il se produit parfois que c’est l’État même la cause du mal, sciemment et volontairement.
Car notre État russe  actuel est issu de l’État totalitaire soviétique. Faut-il encore le rappeler ? Comment expliquer, en deux mots, cette longue et sanglante maladie de la nation russe ? Les maladies semblables en Europe, le fascisme et le nazisme, ont été guéries de façon chirurgicale. 
Un jour, Anna Politkovskaya a découvert que le pouvoir russe commettait un crime contre sa propre population.
Tous les documents sont publiés par elle-même et par ses collègues.
Pendant la prise d’otages au théâtre Nord-Ost à Moscou, le 23 octobre 2002 au soir, un certain Terkibaev entre dans ce théâtre avec des terroristes tchétchènes.
A l’aube du 26 octobre, la police de Poutine gaze le théâtre. Terkibaev avait déjà mis les voiles.
Les journalistes ont appris qu’il travaillait dans l’administration de Poutine. Anna l’a interviewé et publié l'entretien dans son journal.
« Je pensais, la veille, que cette publication allait faire exploser le monde », dit-elle dans une interview, toujours visible sur le web ; elle parle, et baisse la voix, involontairement, tant le vrai de la vie paraît monstrueux : l’acte terroriste au théâtre Nord-Ost était donc sous  contrôle du pouvoir ? Et on ose de le dénoncer !
Le pouvoir criminel commença à brouiller les pistes. Et à se venger.
Décembre 2003 : Terkibaev meurt dans un « accident de voiture ».
Septembre 2004 : sur la route de Beslan (une nouvelle prise d’otages, terrible), on verse du poison dans le thé de Politkovskaya. Elle survit.
Le 7 octobre 2006, Anna est tuée par balles à l’entrée de son domicile. Le jour de l’anniversaire de Poutine. Un cadeau.
Peu avant, Chirac a décoré Poutine d’une Légion d’honneur. Peu après cette décoration, Litvinenko, un collaborateur éventuel d’Anna, est empoisonné à Londres.
Peu nombreux étaient ceux qui se sont révoltés face à l’obscénité de ces faits.
Le Département d’État américain était très, très prompt à déclarer qu’il ne mènerait pas d’enquête sur l’assassinat d’Anna, même si sa double nationalité l'aurait exigé puisqu'elle était née sur le sol américain, d’un diplomate soviétique alors en poste aux États-Unis. 
Anna a donné sa vie pour sauver la Russie qui sombre dans son passée totalitaire. Martyre, elle a offert sa vie pour prévenir nous tous d’un danger grandissant : à l’ère de mondialisation, la sauvage dictature dans une grande Russie fera propager ses miasmes dans d’autres pays. La colonisation de la Tchétchénie c’est faite de son vivant ; depuis son assassinat, on a vu la guerre contre la Géorgie ; depuis 2014, l’Ukraine est dans la mire russe, la Syrie et l’Afrique sont les champs de ses actions militaires.
Il est temps de réanimer la volonté de savoir, atrophiée, en France !
L’image d’Anna, martyre au sens pascalien – « je ne crois qu’un témoin qui se laisse égorger », brille parmi les grands témoins de la liberté et de la vérité. 

0 Comments:

Post a Comment

<< Home